Résultats

TOUMAÏ, Sahelanthropus tchadensis (7 millions d'années - Brunet et al 2002)

Découverte : 19 juillet 2001 sur le site TM266 par Ahounta Djimdoumalbaye;

Crâne recouvert d'une gangue sédimentaire noirâtre enlevée à la sableuse (appareil servant au dégagement de fossiles, projetant du sable de faible diamètre)

5 autres restes d'hominidés trouvés : 2 fragments de mâchoire inférieure et 3 dents isolées;

Mosaïque de caractères anatomiques dérivés et primitifs: canine de petite taille s'usant par la pointe (chez les grands singes, elle s'use avec la prémolaire inférieure formant avec elle une surface tranchante), épaisseur intermédiaire de l'émail (face courte et droite, pas de crête sagittale, bourrelet sus-orbitaire fort et continu (caractéristique probable d'un mâle), pas de dépression en arrière du bourrelet sus-orbitaire, capacité cérébrale faible (320 à 380 cm3), trou occipital en position antérieur (caractéristique probable de bipédie)...

Crâne déformé sous la pression de l'accumulation des sédiments - reconstitution virtuelle réalisée en 3D afin d'affiner les résultats et études anatomiques et de morphométrie géométrique et de retrouver la forme du « crâne original » tel qu'il était à la mort de Toumaï -travaux possibles grâce à des appareils technologiques de haute technologie (scanner, radiographie numérique) : numérisation du crâne en de nombreuses images qui ont ensuite permet de « découper » virtuellement chaque fragment osseux, ceux-ci ont ensuite été recollé en corrigeant les déformations. Le résultat a ensuite pu être moulé grâce à une « imprimante 3D » (machine de prototypage) avec de la résine industrielle.

Etudes en cours : reconstitution de l'oreille interne (élément très important dans la classification des primates), de l'endocrâne (empreinte du cerveau) et analyses chimiques de l'émail des dents (détermination de son régime et de ses préférences alimentaires).

Place de Toumaï sur « l'échiquier humain » : les études entreprises sur le crâne ont montré qu'il était plus proche morphologiquement des préhumains fossiles que des grands singes

Âge de toumaï pousse la divergence grands singes-préhumain au-delà de 7 Ma.

Portrait de Toumaï : 45 kg environ, taille voisine de celle d'un chimpanzé actuel...

ABEL Australopithecus bahrelghazali (3,5 millions d'années - Brunet et al 1995)

Mandibule découverte en 1995 sur le site de KT12;

Première grande découverte au Tchad : Abel est le premier australopithèque trouvé en Afrique Centrale à plus de 2500 km de la Vallée du Rift,

Grand chamboulement dans les hypothèses sur l'émergence du rameau humain : « East Side Story » : En effet, jusqu'à cette découverte au Tchad, tous les fragments de grands singes et d'hominidés ont été trouvés à l'Est de la grande cassure géologique (vallée du rift) qui parcourt l'Afrique de l'Est sur plus de 6000 kilomètres: des rives du Zambèze à la Mer Rouge. L'ouverture de cette faille il y'a 8 millions d'années, a provoqué, selon le scénario du paléontologue Yves Coppens une sécheresse sur son flanc Est. Le bouleversement climatique ainsi engendré serait à l'origine de l'adaptation des hominidés à la savane avec modification du mode de déplacement devenant de plus en plus bipèdes. Ce sont ces primates bipèdes qui auraient évolués ensuite progressivement pour donner l'espèce humaine. A l'ouest où la forêt demeure, les grands singes évolueront pour donner les singes actuels, Gorilles et Chimpanzés. D'après ce scénario, il ne devrait pas y avoir de préhumain à l'Ouest. Cependant Abel en est bien un...

Mosaïque de caractères anatomiques - particularités principales : prémolaires inférieurs à 3 racines (caract. très évolué), contour de la mandibule parabolique et face postérieur de la symphyse mentonnière droite et plate.

Portrait : face peu prognathe...

PALEOENVIRONNEMENTS TCHADIENS (Vignaud et al, 2005)

Paysages aquatiques : articulés et dépendant des phases de transgressions - régressions d'un Méga Lac Tchad, 80 fois plus grand que le Lac Tchad actuel (400 000 km² contre 5000 km² aujourd'hui) - étude de la faune aquatique et sub-aquatique : poissons très diversifiés et certains de très grande taille, crocodiliens variés, tortues, hippopotames, anthracothères (groupe proche des hippos dans leur morphologie et mode de vie), pythons, cygnes, canards, loutres...

Paysages continentaux très diversifiés : milieux plus ou moins boisés (traduits par la présence de plusieurs proboscidiens, girafidés, suidés, primates...) à des savanes herbeuses (antilopes, gazelles, chevaux, écureuils terrestres...) et même des zones arides.

DATATIONS (Lebatard et al 2008)

Méthode de datation relative :

Permet de localiser dans le temps, sans lui donner un âge absolu, un évènement par rapport à un autre dont la datation a été réalisée. Cette technique se base sur les comparaisons de l'évolution des lignées de certains mammifères et sur leurs associations, c'est ce que l'on appelle la biochronologie - les âges des sites tchadiens ont pu être échelonnés dans le temps grâce aux comparaisons des degrés évolutifs des groupes de suidés, de proboscidiens et antracothères, avec ceux d'autres sites africains connus (en Lybie (Sahabi), en Ethiopie (Hadar), au Kenya (Lukeino et Lothagam) et en Afrique du Sud (Langebaanweg)).

Méthode de datation absolue :

Permet de proposer un âge quantitatif assez précis d'un évènement par rapport au présent. Il existe de nombreuses méthodes mais la majorité reste limitée dans le temps. D'autres méthodes dont les possibilités sont plus importantes (sur plusieurs millions d'années) se basent sur les variations aux cours du temps des propriétés physico-chimiques des isotopes radioactifs présents dans les roches, ce sont les datations radiochronologiques. La composition chimique des sédiments va orienter la détermination de l'élément isotopique à analyser. Les sédiments tchadiens ne contiennent pas ou trop peu les éléments « habituels » à l'étude radiochronologique (notamment Argon et Potassium). Le choix s'est porté sur le cosmonucléide Béryllium 10 (10Be), produit dans l'atmosphère par les rayons cosmiques. Sa demi-vie est environ 1,4 Ma, ce qui permet de calculer un âge compris entre 0,2 et 14 Ma. Cette méthode a nécessité d'établir un protocole d'analyse et un calibrage des calculs. Ces derniers ont porté sur le rapport 10Be/9Be (9Be est l'élément stable comprenant 5 neutrons). Cette technique a permis de confirmer et affiné les résultats trouvés avec la datation relative.

Résultats : Toros Menalla (Toumaï) 7 Ma / Kossom Bougoudi 5,5 à 5 Ma / Kollé 4 à 4,5 Ma / Koro Toro 3,5 à 3 Ma (Abel âgé de 3,5 Ma).


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