Historique des recherches paléontologiques au Tchad

L'explorateur allemand Nachtigal(external link) est le premier à remarquer en 1869 la présence de fossiles dans le bassin tchadien. Il rapporte du sud de Tibesti, une collection d'ossements de poissons et tortues dont l'importance scientifique sera notée par Priem en 1914, Pellegrin en 1920.

Une trentaine d'années après le passage de Nachtigal, J. Tilho sillonne la région et identifie près de Koro-Toro un éléphant fossile. Il emporte en 1909 quelques ossements de poissons et divers autres mammifères qui seront analysés en 1933 par Lombard et Joleaud. La même année, ces derniers présentent à la Société Géologique de France, des ossements des vertébrés récoltés par le Lieutenant Paris de la Bollardière (du corps expéditionnaire français) dans la région d'Ounianga Kebir.

Dans les années 30, une mission scientifique proprement dite est réalisée dans la région du Tibesti sous la direction de Marius Dalloni. L'étude des restes fossiles de poissons récoltés est publiée par Arambourg (1934, Mémoires de l'Académie des Sciences). D'autres découvertes dont certaines aux confins nigéro-tchadiens seront aussi mentionnés par Joleaud.

En 1955, Jean Abadie et Jacques Barbeau, hydrogéologues de l'Institut Equatorial qui travaillaient au Nord du Tchad découvrent des niveaux d'âge Mio-Plio-Pléistocène dans la région de Koro-Toro et envoient quelques vertébrés fossiles au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris (1959, Académie des Sciences). En août 1959, Yves Coppens fait part d'une communication préliminaire sur ces résultats au Tchad lors du IVeme Congrès Panafricain de Préhistoire et d'Etude du Quaternaire à Léopoldville (Kinshasa actuel).

Compte-tenu de ces découvertes prometteuses, de 1960 à 1966, Yves Coppens réalise une série de missions qui se sont soldées par la découverte de nombreux restes de vertébrés fossiles dont un massif crâno-facial d'Hominidé récolté en mars 1961 à Yayo (Angamma) : Tchadantropus uxoris (Coppens 1965), un hominidé probablement proche de Homo erectus.

A partir de 1966, en raison des troubles que connait le pays, les activités paléontologiques cessent totalement. Elles ne reprendront qu'en 1994. Dans les années 80, les professeurs Michel Brunet (Université de Poitiers) et David Pilbeam (Harvard University - U.S.A.) initièrent, au Cameroun, un programme de recherche pour tenter de tester l'hypothèse de « l'East side Story » (voir découverte d'Abel) en Afrique Centrale. C'est à l'invitation des autorités tchadiennes ayant en charge les activités de recherche scientifique (Direction de la Recherche Géologique et Minière (DRGM) et Centre National d'Appui à la Recherche (CNAR)), que Michel Brunet initie un programme de recherches paléoanthropologiques au Tchad et reprend les missions dans la région de Koro-Toro en 1994. Le 24 janvier 1995, l'équipe découvre sur le site de KT12, une mandibule d'un Hominidé nommé Australopithecus bahrelghazali ou Abel de son nom informel (Brunet et al, 1995).


Abel, « l'Australopithèque du Bahr El-Ghazal » (Bahr El-Ghazal : ''rivière aux gazelles'') est le premier préhumain à être découvert à l'ouest de la Vallée du Rift. Cette découverte bouleverse ainsi les données scientifiques connues jusqu'alors et remet en question l'aire de répartition de l'origine des premiers Hominidés. Elle marque aussi le début d'une nouvelle ère dans les activités paléontologiques au Tchad. La Mission Paléoanthropologique Franco-Tchadienne (M.P.F.T.) voit le jour et dirigée par Michel Brunet, elle organise régulièrement des  campagnes de prospections et de fouilles...

Le 19 juillet 2001, est découvert Toumaï (Sahelanthropus tchadensis) daté à 7 Ma, .et qui devient le plus vieux préhumain encore trouvé à ce jour (Brunet et al, Vignaud et al 2002)..

En quinze ans d'activités, la M.P.F.T. a réussi et continue, par l'importante quantité de fossiles récoltés et des résultats scientifiques obtenus, à faire connaître les gisements tchadiens à l'ensemble de la communauté scientifique internationale et faire propulser le Tchad comme partie intégrante du berceau de l'Humanité.